9min temps de lecture   par Jordi De Koninck le 02 septembre 2022
Les championnats du monde de cyclisme de 1995 sont une histoire pratiquement inconnue pour le fan de cyclisme belge moyen. Dans les hautes montagnes colombiennes, pas un seul compatriote n'a atteint l'arrivée. C'est une page sombre de notre histoire cycliste. Le dernier Belge à abandonner la course était le coureur de Deinze, Peter Verbeken. Dans le cours de service des INEOS Grenadiers, nous revenons sur l'étrange Coupe du monde de 1995 et sur sa carrière de cycliste.

Nous rencontrons Peter Verbeken dans le service course des INEOS Grenadiers √† Deinze. Pour cet ancien cycliste de 55 ans, c'est un lieu familier, puisqu'il est gestionnaire du site depuis 2015. "En tant que responsable du cours de service, mes t√Ęches sont tr√®s vari√©es. Je m'occupe principalement de la gestion des stocks. Je passe des commandes de nourriture, de casques et de canettes de boisson, entre autres choses. Je m'occupe √©galement de l'entretien des voitures de l'√©quipe. La m√©canique des motos est moins mon travail. C'est le travail d'un coll√®gue. L'entretien se d√©roule dans le bureau, o√Ļ est accroch√© au mur un maillot jaune sign√© du quadruple vainqueur du Tour, Chris Froome. "C'est le coureur le plus maniaque que j'ai rencontr√© jusqu'√† pr√©sent", dit Peter.

La ville colombienne de Duitama, situ√©e √† 170 km au nord-est de la capitale Bogota, a √©t√© le cadre des Championnats du monde de cyclisme de 1995. "Les cartels de la drogue s√©vissaient en Colombie et l'ins√©curit√© qui r√©gnait dans le pays a entra√ģn√© de nombreuses annulations, y compris de la part de l'√©quipe belge", explique Peter. "La peur de voyager en Am√©rique du Sud √©tait √©vidente chez quelques hommes. Je pense √† Johan Museeuw, Johan Bruyneel et Frank Vandenbroucke. Il s'agissait de coureurs qui √©taient par ailleurs s√Ľrs de leur place dans la s√©lection. N√©anmoins, j'ai m√©rit√© ma participation aux Championnats du Monde". Plus t√īt cette ann√©e-l√†, il a remport√© une √©tape et le classement final du Grand Prix Guillaume Tell (GP Willem Tell), une course par √©tapes en Suisse qui a depuis disparu du calendrier.

Sans leader

Les Championnats du Monde s'est d√©roul√©e √† une altitude de 2 500 m√®tres, ce √† quoi l'√©quipe belge s'√©tait pr√©par√©e. "Trois semaines avant la course, nous avons fait un voyage d'entra√ģnement en altitude √† Woodland Park dans le Colorado (√Čtats-Unis). L'entra√ģneur Eddy Merckx a syst√©matiquement mis en place le r√©gime d'entra√ģnement et nous nous sommes progressivement adapt√©s √† l'altitude."

Une semaine avant les championnats, l'√©quipe belge s'est install√©e pr√®s de Duitama. En raison de la situation instable en Colombie, la pr√©paration s'est d√©roul√©e sous escorte polici√®re. "Nous avions deux ou trois motards arm√©s avec nous √† chaque s√©ance d'entra√ģnement. √Ä l'√©poque, je pensais que nous √©tions suffisamment prot√©g√©s, mais apr√®s coup, j'ai r√©alis√© que l'escorte polici√®re n'√©tait en fait pas grand-chose."

C'était chacun pour soi. C'était la survie.
Peter Verbeken

En raison de l'annulation de plusieurs favoris, les Belges √©taient sans v√©ritable leader au d√©part d'un championnat du monde tr√®s difficile le dimanche 8 octobre 1995. Malgr√© les protestations, l'UCI a maintenu les 265 kilom√®tres : "C'√©tait chacun pour soi. C'√©tait la survie. Nous nous √©tions bien pr√©par√©s aux nombreuses mont√©es et nous nous √©tions adapt√©s √† la diff√©rence de hauteur, mais nous n'avons pas pu simuler le d√©roulement de la course √† l'entra√ģnement."

Le dernier Mohican

Apr√®s six rounds, l'homme de Deinze √©tait le seul Belge restant dans la haute montagne colombienne. Ses compatriotes Nico Mattan, Geert Van Bondt, Kurt Van de Wouwer, Geert Verheyen et Luc Roosen avaient d√©j√† arr√™t√© de participer. "J'ai √©galement abandonn√© au d√©but du onzi√®me et avant-dernier tour. Je roulais avec le Mexicain Miguel Arroyo √† plusieurs dizaines de minutes du leader et je ne l'ai pas vu venir. Aujourd'hui, je regrette un peu de ne pas avoir pu terminer le championnat du monde. J'aurais d√Ľ continuer, m√™me si nous √©tions si loin derri√®re." Miguel Arroyo a finalement termin√© √† la dix-neuvi√®me place en 37'55" de l'Espagnol Abraham Olano qui s'est couronn√© champion du monde. Miguel Indurain et Marco Pantani compl√®tent le podium. Sur les 93 coureurs qui ont pris le d√©part, seuls 20 ont atteint l'arriv√©e.

Verbeken se souvient que la presse belge n'a pas ou peu critiqu√© les performances m√©diocres de nos compatriotes. "Il y avait des circonstances att√©nuantes, bien s√Ľr. Il y avait la difficult√© du parcours et l'absence de certains coureurs. Nous ne pouvions pas faire plus que notre mieux. Les journalistes ont √©t√© assez r√©alistes pour s'en rendre compte. L'entra√ģneur national Eddy Merckx √©tait d√©√ßu apr√®s coup et c'est logique. Mais je pense qu'il a aussi r√©alis√© apr√®s quelques jours qu'il n'y avait pas grand-chose de plus."

Un champion du monde imprévu

Un an plus tard, lors des Championnats du monde 1996 √† Lugano, Peter √©tait initialement dans la r√©serve, mais apr√®s une infection virale chez Frank Vandenbroucke, il a √©t√© autoris√© √† participer. Six jours avant les championnats, Verbeken a appris la nouvelle. "A l'√©poque, j'√©tais honor√© d'aller √† Lugano, mais je n'√©tais pas pr√™t pour cela. Je n'√©tais pas √† un niveau assez √©lev√©. C'est devenu clair assez rapidement, car apr√®s trois ou quatre rounds, j'ai d√Ľ abandonner. Avec le recul, il aurait peut-√™tre √©t√© pr√©f√©rable de ne pas y aller."

L'entra√ģneur national Eddy Merckx a d√©clar√© avant les Championnats du monde que le parcours √©tait presque aussi difficile qu'en Colombie un an plus t√īt. "C'√©tait un type de cours diff√©rent. En Duitama, c'√©tait plut√īt pour les vrais grimpeurs. On peut toutefois se demander dans quelle mesure Olano √©tait un v√©ritable grimpeur de course. A Lugano, les mont√©es √©taient plus courtes mais plus raides. Lors de la premi√®re reconnaissance, j'ai √©t√© vraiment choqu√© par la difficult√©. Je ne m'attendais pas √† ce que Johan Museeuw devienne champion du monde l√†-bas".

A chaque session de training, deux ou trois motards armés nous accompagnaient. À l'époque, je pensais que nous étions suffisamment protégés, mais j'ai réalisé par la suite que l'escorte policière n'était en fait pas très importante. À l'époque, je pensais que nous étions suffisamment protégés, mais j'ai réalisé par la suite que l'escorte policière n'était en fait pas très importante.
Peter Verbeken

Peter Verbeken a ainsi r√©colt√© deux championnats du monde dans sa carri√®re cycliste. Une chose dont il n'aurait jamais pu r√™ver √©tant enfant, car il n'a d√©couvert sa passion pour le cyclisme qu'√† l'√Ęge de dix-huit ans. "Jusqu'√† cet √Ęge, je nageais √† un niveau assez √©lev√©, mais soudain, j'ai arr√™t√© de nager. Je n'ai jamais eu l'intention de me mettre au v√©lo, mais mon voisin d'en face √©tait le pr√©sident du club de cyclisme KVC Deinze. Il m'a donn√© un pantalon et un maillot et c'est ainsi que je me suis retrouv√© dans le monde de la course. Bien s√Ľr, je n'avais aucune exp√©rience de la conduite en peloton et cela a √©t√© un handicap pour moi tout au long de ma carri√®re. Certains coureurs peuvent encore le faire quand ils sont plus √Ęg√©s, mais moi, je n'ai pas r√©ussi. Je n'avais pas cette comp√©tence, je me laissais toujours repousser et j'√©tais toujours trop loin derri√®re. J'avais toujours peur sur le v√©lo."

Malgr√© la terreur sur le v√©lo, Peter Verbeken a remport√© La C√īte Picarde (1993), deux fois le classement final du GP Willem Tell (1993 et 1995) et deux fois la Fl√®che hesbignonne-Cras Avernas (1997 et 1998). "Je repense avec plaisir √† mes deux victoires dans le GP Willem Tell. Il s'agissait d'une course cycliste de plusieurs jours, ce qui signifiait qu'il fallait √™tre l√† tous les jours. Le parcours ne devait pas √™tre sous-estim√©. C'est une course qui m'a donn√© beaucoup de satisfaction".

Presque champion de Belgique

En 1994, Verbeken est mont√© sur le podium du championnat de Belgique dans la ville de Liedekerke, dans le Brabant flamand. "J'√©tais dans l'√©chapp√©e du jour et pendant longtemps, on a cru que √ßa allait durer jusqu'√† l'arriv√©e. Mais ensuite, il y a eu des h√©sitations et des paris. Un groupe du fond a pu revenir, dont Wilfried Nelissen et Dirk De Wolf. A quelques kilom√®tres de l'arriv√©e, j'ai jou√© le tout ou rien et j'ai plac√© ma derni√®re attaque. 'Wolfke' a d√Ľ sortir le grand jeu pour combler l'√©cart. Quand j'ai eu la chance que les poursuivants se regardent un instant, j'√©tais parti. Mes jambes n'√©taient certainement pas encore vides." Finalement, Nelissen a remport√© le sprint devant Michel Vanhaecke et Verbeken.

Apr√®s sa carri√®re cycliste active, Verbeken travaillera comme soigneur pour US Postal, l'√©quipe de Lance Armstrong, entre autres. "Je suis arriv√© chez US Postal au printemps 1999 par l'interm√©diaire de Johan Bruyneel. Ma premi√®re course a √©t√© Li√®ge-Bastogne-Li√®ge. Apr√®s cela, il y a eu un camp d'entra√ģnement et le Tour de France. Armstrong a r√©alis√© le meilleur temps du prologue et a imm√©diatement pris le maillot jaune. Nous avons suivi la course dans le camping-car via la radio de la course et j'avais du mal √† croire qu'Armstrong avait gagn√©. Un an et demi plus t√īt, j'ai eu une conversation avec Freddy Viaene, un employ√© d'Armstrong chez Motorola. Il m'a dit qu'Armstrong souffrait d'un cancer des testicules et qu'il se battait pour sa vie. Ensuite, vous ne pensez pas que c'est possible que quelqu'un comme √ßa puisse gagner le prologue et trois semaines plus tard le Tour."

La saga du dopage autour de Lance Armstrong n'a pas été vécue par Peter depuis le premier rang. "Un an plus tard, en 2000, je suis passé chez German Telekom en tant que gardien et sans m'en rendre compte, c'est peut-être là ma chance. Je n'ai rien à voir avec l'affaire du dopage, mais vous savez comment ça se passe. Si vous êtes impliqué pendant des années, vous êtes toujours un peu surveillé. En raison de mon court passage chez US Postal, cela n'a heureusement pas été le cas."

Travail au centimètre

En 2013, le Britannique Chris Froome a remport√© la premi√®re de ses quatre victoires au Tour de France. √Ä l'√©poque, Peter Verbeken √©tait soigneur chez Team Sky, aujourd'hui INEOS. "Froome a √©t√© ph√©nom√©nal. Il √©tait pouss√© √† l'extr√™me. Une fois, il s'est assis √† c√īt√© de moi dans la voiture apr√®s le crit√©rium de Natour √† Roulers. Nous sommes all√©s dans le nord des Pays-Bas. Il a t√©l√©phon√© √† son m√©canicien personnel Gary Blem pendant une heure. Froome lui a demand√© de changer deux vis sur son d√©railleur, de l'acier au titane. J'√©coutais avec √©tonnement et je me demandais si j'avais bien entendu, mais bien s√Ľr, une telle chose le caract√©rise. Il est tellement pr√©occup√© par sa profession."

Le dimanche 19 septembre 2021, les Championnats du monde de contre-la-montre se d√©rouleront dans les Flandres. Le parcours conduira les hommes de Knokke √† Bruges en 43,3 kilom√®tres. L'un des grands favoris, si ce n'est le grand favori, est l'Italien Filippo Ganna. Un r√īle qu'il assume parfaitement. Peter Verbeken conna√ģt personnellement le canon du contre-la-montre du nord de l'Italie. "Filippo est un gars tr√®s aimable, sympathique, calme et respectueux. L'ann√©e derni√®re, avec la vente de quelques √©quipements cyclistes, il a achet√© un fauteuil roulant pour une personne handicap√©e. Cela caract√©rise la personne qu'est Filippo Ganna."

Peter Verbeken

Peter Verbeken, né le 15 avril 1966 à Deinze dans la province de Flandre-Orientale en Belgique, est un ancien coureur cycliste belge, professionnel de 1989 à 1998.
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